Les Éternels

Les Éternels
De Jia Zhangke.
Chine, France, Japon. 2018. Couleur. VO. 2h15.
Avec Zhao Tao, Fan Liao, Zheng Xu, Feng Xiaogang, Yi’nan Diao
Festival de Cannes 2018 : compétition officielle

En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre.
Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre. Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…
Plusieurs choses peuvent être d’ores et déjà mises au crédit de Jia Zhang-ke. L’extraordinaire fluidité d’un récit pourtant lacunaire, enchaînant des -régimes de narration différents, non dépourvu par ailleurs d’incidents parfaitement étranges. Les correspondances nombreuses avec le reste de l’œuvre (la -région du Shanxi, le chantier du barrage des Trois-Gorges, la -colossale mutation urbanistique, la dérive et l’enlisement des -espoirs, la fièvre de changement qui laisse les individus sur le -carreau). La beauté stupéfiante, inédite dirait-on, jamais vue sous cette forme et en de tels enchaînements, qui émane de certaines séquences, tels les deux amants qui se séparent inexorablement dans une chambre jaune infusée par la tristesse et la honte, ou cet immeuble d’outre-monde surgi de la nuit, magiquement éclairé par de possibles forces extraterrestres, dans un ciel étoilé sous lequel Qiao revient seule chez elle pour y refaire sa vie. Il faudrait encore souligner l’humour qui affleure ici plus qu’à l’ordinaire, à commencer par ce redoublement brechtien qui court tout au long du film entre pègre et capitalisme. Telle est la manière originale avec laquelle Jia Zhang-ke – désireux depuis quelque temps de se confronter au genre – s’empare du film noir, après s’être essayé au film de sabre (A Touch of Sin, 2013) ainsi qu’au mélo (Au-delà des montagnes, 2015). Celui-ci, magnifiquement déstabilisant, poétique et fulgurant, opaque et lumineux à la fois, fera, -gageons-le, partie de ses plus grands films. Jacques Mandelbaum / Le Monde

Merc 27 fév. : 16h00/20h30
Jeu 28 : 20h15
Ven 1er mars : 20h15
Sam 02 : 17h45/20h30
Dim 03 : 15h50/18h30
Lun 04 : 15h50/18h20/20h50
Mar 05 : 14h00/18h00/20h40

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