Edito
 
 
 
 
 
 

Edito

Il y a deux ans sortait sur les écrans Les Amours d’Astrée et de Céladon.Un film léger, lumineux et d’une incroyable jeunesse. Ce film, signé Eric Rohmer, sera donc le dernier film de ce grand cinéaste qui vient de nous quitté en ce début d’année. Il était l’ainé des cinéastes de la nouvelle vague (Godard, Chabrol, Truffaut...) et, avec eux, il avait écrit dans « Les Cahiers du cinéma » dans les années 50 avant de passer à la réalisation avec le bonheur que l’on sait. « L’esprit de la nouvelle vague - disait-il - irrigue mon travail. Cette façon de tourner, j’y suis resté fidèle. Etant en dehors du système, faisant des films peu chers, les inquiétudes sur le financement du cinéma français ne me concernent pas directement... Je voudrais encourager les débutants à en faire autant. C’est une voie possible pour le cinéma français ».

Darielle Tillon, jeune cinéaste qui viendra présenter son premier film Une nouvelle ère glaciaire le vendredi 5 mars, semble avoir entendu le message d’Eric Rohmer. Elle a fait ce film avec une grande économie de moyen et des acteurs non professionnels et nous propose un récit qui démarre sur une situation réaliste et ordinaire et qui débouche sur un ailleurs proche du fantastique.


Marguerite Duras, qui a beaucoup écrit et fait quelques films, n’aurait pas désavoué Eric Rohmer. Elle aussi, inscrivait son travail dans cette économie de moyen, tournant ses films dans ses propres maisons à Trouville ou à Neauphle, dans des dispositifs narratifs qui tournait radicalement le dos au cinéma industriel. Nous programmons, ce mois-ci, quatre films, pour revisiter une oeuvre qui reste unique en son genre, inégalé parce que peut-être inégalable.

Jacky Evrard, directeur du Ciné 104


«Marguerite Duras, en effet»

Trois lieux, trois dates consacrés à l’écrivain et les médias

Le Frac Lorraine, bétonsalon centre d’art et de recherche, le Ciné104 et l’Ina présentent une manifestation originale sur la place et le rôle de l’écrivain Marguerite Duras dans les médias. A travers la projection de films, d’émissions de télévision et d’écoutes de pièces sonores proposées par l’Ina, artistes, écrivains, cinéastes, critiques et universitaires, traceront, à Metz, Paris et Pantin, des perspectives dans l’œuvre cinématographique, radiophonique et télévisuelle de Marguerite Duras. Les archives proposées ici font revivre non seulement des œuvres et créations mais aussi la femme libre qui par sa maîtrise des médias en modifiera les codes en profondeur.

«Je crois qu’on a les mêmes raisons de faire du cinéma et d’en voir. J’ai des amis intimes qui ne vont pas voir mon cinéma, ils vont voir le cinéma des autres. Ils lisent tous mes livres mais ils ne vont pas voir tous mes films. Les raisons de faire du cinéma pour moi ils ne les aperçoivent pas, ils disent que ce n’est pas la peine. Moi aussi, à chaque film que je fais je trouve aussi que ce n’est pas la peine. Mais on peut aussi faire des films que ce n’est pas la peine de faire.» Marguerite Duras

L’Homme Atlantique

de Marguerite Duras. France. 1981. Couleur. 0h42. Avec Yann Andréa et la voix de Marguerite Duras


«Je l’ai pris et je l’ai mis dans le temps gris, près de la mer, je l’ai perdu, je l’ai abandonné dans l’étendue du film atlantique. Et puis je lui ai dit de regarder, et puis d’oublier, et puis d’avancer, et puis d’oublier encore davantage, et l’oiseau sous le vent, et la mer dans les vitres et les vitres dans les murs. Pendant tout un moment il ne savait pas, il ne savait plus, il ne savait plus marcher, il ne savait plus regarder. Alors je l’ai supplié d’oublier encore et encore davantage, je lui ai dit que c’était possible, qu’il pouvait y arriver. Il y est arrivé. Il a avancé. Il a regardé la mer, le chien perdu, l’oiseau sous le vent, les vitres, les murs. Et puis il est sorti du champ atlantique. La pellicule s’est vidée. Elle est devenue noire. Et puis il a été sept heures du soir le 14 juin 1981. Je me suis dit avoir aimé.»
Marguerite Duras

Suivi de L’Homme Atlantique
de Marylène Negro. France. 2008. Couleur. Silencieux. 0h33.
L’Homme Atlantique pénètre l’ancien Hôtel Des Roches noires que l’âme de Marguerite Duras habite toujours, dans le silence de sa voix.


Séance en présence de Marylène Negro Vendredi 12 Février à 20h15


«Marguerite Duras, en effet»

India Song


de Marguerite Duras. France. 1974. Couleur. 2h00. Aec Delphine Seyrig, Michaël Lonsdale, Matthieu Carrière, Claude Mann

Musique de Carlos d’Alessio
C’est en 1973 que Marguerite Duras publie India Song, défini par la mention “texte, théâtre, film”. L’oeuvre convoque des personnages et des atmosphères déjà présents dans des textes antérieurs, et notamment Le Ravissement de Lol V. Stein et Le Vice-Consul. Un an plus tard, cette “histoire d’amour immobilisée dans la culminance de la passion” prend la forme d’un film ; Delphine Seyrig et Michael Lonsdale prêtent leurs traits et leurs voix aux deux protagonistes, la femme de l’ambassadeur et le vice-consul, réunis le temps d’une soirée à l’ambassade de France à Calcutta.


Dimanche 14 Février à 14h15 , séance en présence de Françoise Lebrun et Michaël Lonsdale (sous réserve)

Son nom de Venise dans Calcutta désert

de Marguerite Duras. France. 1976. Couleur. 2h00. Avec Delphine Seyrig, Nicole Hiss, Sylvie Nuytten
«L’histoire racontée dans India Song l’était à partir de personnages et de lieux imaginés, superposés, mais qui fonctionnaient, s’articulaient entre eux. L’Ambassade de France paraissait invraisemblable mais elle était reconnaissable et des gens en sortaient en particulier : Anne-Marie Stretter, Michael Richardson. Ici l’histoire est racontée à partir des lieux vidés par la mort. Le son est rigoureusement le même. La bande son du titre de Son Nom de Venise dans Calcutta désert est celle d’India Song, seule l’image change ; mais elle change du tout au tout, non seulement de nature mais de sens.» M D
Dimanche 14 Février à 18h15


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Kino Klub : Le Camion

Le Kino Klub est un cycle de projection qui donne lieu à un moment de rencontre autour d’une programmation. Nous essayons de créer des échanges, pour que la vision du film ne reste pas un moment de réception passive et devienne le terreau d’un partage entre personnes aux paroles différentes. Ce mois ci nous vous proposons une mise en regard entre un court métrage de l’atelier cinéma Plusieurs fois la Commune et le film de Marguerite Duras, Le Camion.


Le Camion
De Marguerite Duras. France. 1977. Couleur. 1h18. Avec Marguerite Duras, Gérard Depardieu.
Dans un salon, Marguerite Duras écrit un scénario pour Gérard Depardieu qui l’écoute, l’interrompt parfois. Récit au conditionnel d’un récit en train de se faire.
« Ce serait l’histoire d’une femme : elle aurait fait de l’auto-stop, un routier l’aurait prise à son bord, elle aurait beaucoup parlé, le routier fort peu... »

Marguerite Duras


Lundi 15 Février à 20h00
Séance suivie d’un pot convivial

 
 
     
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